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Histoire et traditions du carnaval de Dunkerque

Pourquoi des hommes en robe, des harengs qui volent et des milliers de gens à genoux devant un corsaire ? Derrière la folie du carnaval de Dunkerque, il y a une histoire de pêcheurs, de naufrages, de solidarité et de résistance. La voici, racontée simplement.

Les origines

Tout commence avec les pêcheurs d'Islande

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Dunkerque vit de la pêche. Chaque année, les marins partent six mois pêcher la morue et le hareng dans les eaux glacées d'Islande, une campagne si dangereuse que beaucoup n'en reviennent pas. Avant le départ, les armateurs leur offrent un festin bien arrosé et la moitié de leur solde : c'est la « foye ». Ceux qui disparaissent en mer laissent femmes et enfants sans ressources, dans le quartier du Courghain.

De ces fêtes d'adieu, mêlées aux jours gras qui précèdent le Carême, naît la Visschersbende, la « bande des pêcheurs » en flamand, qui défile encore aujourd'hui le dimanche des Trois Joyeuses. La plus ancienne trace écrite connue est une ordonnance de 1676 qui réglemente la sortie des masques : elle prouve que la fête existait déjà, sans en marquer la naissance.

La tradition raconte aussi pourquoi les hommes se déguisent en femme : leurs propres vêtements étant déjà embarqués, les pêcheurs auraient enfilé les robes de leurs épouses, et orné leurs chapeaux de fleurs. Une belle histoire, plus proche de la légende que de l'archive, mais qui explique encore la « ma tante » d'aujourd'hui.

La solidarité

Des bals pour les veuves et les orphelins

Au XIXe siècle, face aux naufrages, les Dunkerquois s'organisent. Des sociétés philanthropiques et carnavalesques voient le jour pour venir en aide aux familles des marins disparus, bien avant la Sécurité sociale. Pour récolter des fonds, elles organisent des bals. La tradition a traversé le temps : aujourd'hui encore, chaque bal du Kursaal est organisé par une association, souvent au profit d'actions caritatives.

La légende

Les géants de Dunkerque

Le Reuze est le géant de Dunkerque, entouré de sa famille : son épouse la Reuzinne, leurs enfants et leurs gardes. Selon la légende rapportée par la Ville, c'était un guerrier scandinave venu piller la région vers 1550, avant d'être converti et de devenir le protecteur de la ville. Son nom vient du flamand « reus », qui veut dire géant. Il sort pour les grandes occasions, et traditionnellement le matin de la bande des pêcheurs, pendant l'avant-bande.

La résistance

Un carnaval que rien n'arrête

Le carnaval a traversé les guerres, et il est reparti à chaque fois. En 1946, dans une ville détruite à près de 90 %, la bande slalome entre les ruines. En 1991, pendant la guerre du Golfe, le carnaval est interdit : qu'importe, une « bande annulée » s'improvise quand même à Saint-Pol puis à Dunkerque. Comme on dit ici, il y aura toujours des résistants ! Et après trois saisons perturbées par le Covid, de 2020 à 2022, le carnaval a fait un retour triomphal en 2023, avec un record de 71 000 carnavaleux dans la bande des pêcheurs.

L'identité

Ici, on est flamand, pas ch'ti !

Pendant le carnaval, le lion noir aux griffes rouges sur fond jaune est partout : sur les parapluies, les clet'ches, les balcons, les chapeaux. Et le parler dunkerquois garde la trace du flamand, longtemps la langue maternelle de la région : clet'che, Visschersbende, berguenaere, zot'che... Autant de mots que vous allez vite adopter. Ouvrez le petit dictionnaire du carnaval.

Les figures

Les tambours-majors, gardiens de la tradition

Chaque bande a son tambour-major, et certains sont entrés dans la légende. Le plus célèbre reste Cô-Pinard II, de son vrai nom Jean Minne, disparu en 1988 : c'est en son honneur qu'a été écrit l'Hommage au Cô, chanté à genoux à la fin de chaque bande, juste avant la Cantate à Jean Bart.

À Malo, la bande est menée par Goliath VIII, héritier d'une lignée prestigieuse : selon la Ville, c'est Goliath Ier, premier tambour-major de la bande de la Violette, qui aurait relancé la tradition des tambours-majors en 1895, bientôt imité par Dunkerque et les communes voisines. Goliath VIII et Cô Boont'che, le tambour-major de Dunkerque, ont d'ailleurs été intronisés ensemble, et mènent leurs bandes côte à côte depuis plus de dix ans.

Le héros

Jean Bart, le héros de la ville

Corsaire né à Dunkerque en 1650, Jean Bart est le héros de la cité. Sa statue, inaugurée en 1845, domine la place qui porte son nom. C'est pour cette inauguration qu'a été composée la Cantate à Jean Bart, devenue l'hymne du carnaval. À la fin du rigodon de la bande des pêcheurs, des milliers de carnavaleux s'agenouillent à ses pieds, main dans la main, pour la chanter.

Idées reçues

Vrai ou faux ?

  • « Le carnaval est né en 1676. » Faux : c'est la date de la plus ancienne trace écrite, pas celle de sa naissance.
  • « On jette des harengs depuis toujours. » Faux : le jet de harengs date de 1962.
  • « La bande de Malo fait partie des Trois Joyeuses. » Faux : elle a lieu le dimanche suivant.
  • « Les chapelles sont ouvertes à tout le monde. » Faux : on y va sur invitation.
  • « Il faut se travestir pour participer. » Faux : c'est une tradition, pas une obligation. Mais il faut être déguisé, ou au moins maquillé !
  • « On peut chahuter devant la clique. » Surtout pas : devant la musique, on ne chahute jamais.
Se loger sur place

Vivre l'histoire en vrai

À Loucé comme à Adélise, vous logez au cœur de cette histoire : à 150 mètres de la place Turenne où se termine la bande de la Violette, et à cinq minutes du Kursaal, où se tiennent aujourd'hui des bals centenaires qui ont longtemps eu lieu dans d'autres salles de la ville.

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